` AUDIT DES PÊCHES 2021

Le Canada laisse tomber ses pêches marines.

Voilà cinq ans qu’Oceana Canada a publié son premier Audit des pêches, une évaluation annuelle de la façon dont Pêches et Océans Canada (MPO) gère les poissons sauvages d’importance commerciale du pays.

Durant cette période, nous avons constaté certains progrès : une plus grande transparence, de nouveaux investissements substantiels dans la science, de nouvelles normes nationales de surveillance et une Loi sur les pêches modernisée qui rend obligatoire le rétablissement des pêches épuisées. Il reste encore beaucoup à faire à ce niveau. Cependant, le plus gros problème réside dans la réalisation des politiques que le MPO a déjà mises en place.

Année après année, les évaluations d’Oceana Canada révèlent l’incapacité du gouvernement à améliorer de façon significative la gestion des pêches au Canada. Par conséquent, nous avons constaté aucune amélioration mesurable dans la santé des pêches sauvages.

Lois modernisées, engagements politiques et investissements ne sont valables que si le gouvernement peut les réaliser avec succès, ce qui, dans le cas de la gestion des pêches canadiennes, n’a manifestement pas été le cas dans les cinq dernières années.

Près d’un stock sur cinq est encore gravement épuisé, et plus de 80 % n’ont pas de plan de rétablissement doté de moyens et d’échéanciers pour les ramener à un niveau sain. Le MPO n’a toujours pas publié la plupart des plans de rétablissement qu’il avait promis de terminer. Ceux publiés omettent des éléments cruciaux, comme des objectifs de population saine et des échéanciers pour les atteindre.

Deux ans après l’entrée en vigueur de la Loi sur les pêches, le gouvernement n’a pas établi de réglementation précisant les exigences des plans et les stocks auxquels ils s’appliqueront. Ainsi, il n’y a toujours pas de directive exécutoire pour reconstruire les pêches épuisées.

Entre-temps, la santé du tiers des stocks demeure incertaine, par manque de données. Par conséquent, le MPO agit principalement dans l’obscurité lorsqu’il prend des décisions cruciales relatives à ces poissons, comme les limites de pêche.

Les données des cinq dernières années révèlent aussi un déclin des poissons-fourrage qui nourrissent tant d’autres espèces, mettant ainsi en péril des écosystèmes entiers.

Il est plus urgent que jamais de renverser la tendance des poissons sauvages du Canada. Les pêches sont aujourd’hui confrontées à une pression croissante par les changements climatiques, la pollution, la destruction de l’habitat et la surpêche.

Face à ces grandes menaces mondiales, le Canada doit accélérer la mise en œuvre de méthodes éprouvées de gestion, qui sont pour la plupart déjà incluses dans les politiques du MPO, afin d’aider les écosystèmes marins à devenir aussi résilients que possible. L’enjeu est trop important pour ne pas le faire.

Le Canada a l’opportunité d’une génération de réparer les dommages causés par la surpêche, ramener l’abondance des océans et stimuler notre rétablissement économique post-pandémie. Mais nous pouvons le faire sans agir là où ça compte : dans l’eau.

Josh Laughren, Directeur exécutif, Oceana Canada
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