` AUDIT DES PÊCHES 2020

L’économie bleue du Canada : une occasion de croissance avantageuse pour les humains et la planète

Alors que notre pays se remet des conséquences financières de la COVID-19, les ressources océaniques peuvent jouer un rôle fondamental pour notre reconstruction économique et une croissance durable. L’« économie bleue » du Canada génère des centaines de milliers d’emplois, souvent dans des communautés qui n’ont guère d’autres possibilités d’emploi. Mais une économie bleue vigoureuse commence par des poissons sauvages en quantité.

Les poissons et la pêche ont toujours été les piliers de l’économie des océans.  Des océans abondants apportent stabilité économique aux communautés et nourriture à un monde de plus en plus affamé. Ainsi, le rétablissement des populations de poissons est bénéfique pour l’environnement et l’économie.

Pourtant, l’audit des pêches annuel d’Oceana Canada démontre que l’état de nos pêches se détériore toujours.

Ceci marque une autre année de déclin depuis notre premier Audit des pêches de 2017, malgré de nouveaux investissements en science et en gestion. Aujourd’hui, seul un quart des populations de poissons du Canada est considéré à un niveau sain ; et nous constatons une diminution inquiétante des crustacés comme les crevettes et crabes, qui constituent une grande partie des revenus de pêche au pays. Nous voyons aussi un déclin des petits poissons, tels que le capelan, le hareng et le maquereau, qui sont des proies pour les oiseaux de mer et les baleines, ainsi que plusieurs espèces importantes sur le plan commercial, telles que la morue et le thon.

Plusieurs raisons expliquent ces tendances insoutenables. Le Canada continue de pratiquer la surpêche des stocks gravement épuisés, incluant plusieurs vulnérables en raison des changements climatiques. Trop de décisions en matière de gestion des pêches cherchent à éviter des décisions difficiles à court terme, ce qui ne fera qu’aggraver les difficultés à venir. Par ailleurs, les efforts de reconstitution des populations épuisées sont au point mort, aucun nouveau plan n’ayant été publié en 2020.

Nous avons tout de même vu des améliorations. Depuis quatre ans, le gouvernement fédéral a rétabli le financement des sciences de la pêche, amélioré la transparence des données, fortement accru le nombre d’habitats marins protégés et introduit une Politique nationale de surveillance des pêches. La Loi sur les pêches moderne, entrée en vigueur l’année dernière, exige désormais la reconstitution des stocks de poissons épuisés.

Tout cela est très encourageant ; mais les lois et politiques ne sont efficaces que si elles sont mises en œuvre. Nous ne pouvons pas appliquer la réglementation de la Loi sur les pêches qui n’existe pas. Nous ne pouvons pas reconstituer des pêches épuisées sans plan adéquat. Et nous ne pouvons pas fixer des quotas durables en fonction d’un portrait incomplet des captures.

Jusqu’à présent, le ministère des Pêches et des Océans (MPO) n’a pas réussi à respecter plusieurs des grands engagements pris par le gouvernement fédéral. Dans l’année à venir, le MPO doit s’attaquer à l’écart croissant entre l’intention des lois et des politiques, et les mesures concrètes sur l’eau.

Pour ce faire, il faut établir des règles pour appliquer les nouvelles dispositions de la Loi sur les pêches, en identifiant les principaux stocks et en exigeant des objectifs et des échéanciers pour les plans de rétablissement. Il faut mettre en œuvre la Politique de surveillance des pêches présentée en novembre 2019, et déterminer les quotas selon des données scientifiques reflétant toutes les prises, y compris celles de la pêche récréative et les prises accidentelles. Il faut aussi élaborer et implanter des plans de rétablissement rigoureux pour les stocks gravement épuisés.

Le Canada a l’occasion de réfléchir à l’avenir que nous voulons, et celui dont nous avons besoin, alors que nous traçons la voie de la reprise pour notre pays riche en ressources. Ne pas agir maintenant risquerait de gaspiller les centaines de millions de dollars récemment investis par le gouvernement fédéral afin d’améliorer la gestion des pêches. Cela signifierait aussi que nous pourrions perdre l’énorme potentiel à long terme de l’économie bleue d’origine - le poisson sauvage - pour soutenir notre planète et l’avenir des communautés côtières.

« Au rythme actuel, il faudra 37 ans avant que le Canada n’élabore des plans de reconstitution pour toutes ses populations de poissons gravement épuisées. »

Josh Laughren, Directeur exécutif, Oceana Canada.
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