` AUDIT DES PÊCHES 2021

Cinq ans d’évaluation de la gestion des pêches

L’état général des poissons et des invertébrés marins du Canada demeure préoccupant. Le MPO ne parvient toujours pas à mettre en œuvre ses propres politiques et engagements, pourtant nécessaires pour relever les défis bien documentés en matière de gestion des pêches.

Depuis le premier Audit des pêches d’Oceana Canada en 2017, la santé des stocks de poissons du Canada ne s’est pas améliorée. Ce qui a changé est la composition des stocks épuisés. Un nombre croissant d’invertébrés sont maintenant en zone critique ou de prudence, incluant des espèces importantes sur le plan économique comme le crabe des neiges et la crevette. De plus, il y a peu de stocks sains de poissons-fourrage, et aucun stock de requins ou de raies n’est en zone saine.

Évaluation globale: 33 stocks en état critique, 71 incertains

Les changements climatiques affectent les écosystèmes océaniques et exercent une pression sur des espèces déjà vulnérables. Par exemple, la chaleur extrême en Colombie-Britannique a fait monter la température des eaux côtières cette année, menant à la mort de concombres de mer, d’étoiles de mer et de crabes. Comme ces changements continuent de s’accélérer, les plans du MPO doivent tenir compte des impacts, en commençant par un investissement accru dans l’évaluation de la vulnérabilité des espèces.

Il est encourageant de constater que la gestion des pêches canadiennes s’est améliorée sur certains aspects depuis cinq ans. En 2018, le gouvernement a affecté plus de 100 millions de dollars à l’évaluation et au rétablissement des stocks de poissons. Le pourcentage de stocks dotés d’un PRL a nettement augmenté. La transparence s’est aussi améliorée, car presque tous les stocks sont maintenant inclus dans les PGIP accessibles au public.

Bien que ces résultats soient louables, il n’y a pas eu d’augmentation notable du pourcentage de stocks dotés de PRS. Parmi les espèces marines les plus lucratives du Canada, dont le homard, le crabe des neiges et le pétoncle, beaucoup sont encore dépourvues des points de référence nécessaires à leur protection.

Plus inquiétant encore, près de 80 % des stocks en zone critique n’ont toujours pas de plan de rétablissement. Depuis plus d’une décennie, la politique du MPO exige des plans de rétablissement pour les stocks en épuisement grave. La nouvelle Loi sur les pêches de 2019 en a fait une loi. Mais les exigences de rétablissement prévues par cette nouvelle loi ne s’appliquent pas aux stocks tant que la réglementation n’est pas en place… et celle-ci n’a pas encore été finalisée.

Pour réaliser le plein potentiel de la Loi sur les pêches et rétablir l’abondance de nos poissons sauvages, le ministre des Pêches doit mettre en œuvre l’adoption de règlements rigoureux qui exigent l’ajout d’échéanciers et d’objectifs précis pour rétablir les poissons sauvages épuisés jusqu’à des niveaux sains.

Cinq ans sont peut-être suffisants pour espérer renverser le déclin des stocks épuisés. C’est certainement une période suffisante pour réaliser des progrès mesurables dans la réalisation des engagements politiques et des pratiques exemplaires internationales en matière de rétablissement des stocks épuisés. Cela ne s’est pas produit. Afin de réduire les risques importants pour l’économie et les écosystèmes du Canada, le progrès doit s’accélérer – et rapidement.

Canada’s fisheries management performance is assessed using indicators developed from globally accepted best practices and from DFO’s policy framework and is based on data from 194 index stocks published on DFO websites.

POUR RÉTABLIR LES STOCKS ET VEILLER À LA SANTÉ DE NOS PÊCHES, IL NOUS FAUT :

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Une science solide
afin de comprendre l’état actuel des stocks et connaître les facteurs qui les affecteront à l’avenir

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Une surveillance efficace
pour déterminer combien de poissons sont capturés et rejetés chaque année

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De bonnes décisions de gestion,
fondées sur des données qui privilégient la santé et l’abondance à long terme plutôt que les profits en baisse à court terme

Changements dans les états de santé

Au cours des cinq dernières années, la santé globale de nos pêches a peu changé. Mais un examen approfondi révèle qu’environ deux douzaines de stocks changent d’état chaque année. Certains se sont améliorés, comme le sébaste des eaux profondes du golfe du Saint-Laurent. D’autres sont en déclin constant, comme les couteaux de la côte nord de Haida Gwaii. Et certains, comme le crabe des neiges dans l’ouest du plateau néo-écossais, s’améliorent une année pour décliner l’année suivante.

Une certaine fluctuation est normale. Par exemple, de nombreux poissons-fourrage connaissent des cycles naturels de hausse et de baisse. Mais lorsque la surpêche survient pendant les périodes de creux, elle peut les rendre plus sévères et plus longs. C’est pourquoi la gestion de précaution est si cruciale, car elle permet de procéder avec prudence face aux incertitudes. Ainsi, les poissons sauvages peuvent mieux s’adapter aux changements naturels des écosystèmes et revenir en force lorsque les conditions sont favorables, agmentant ainsi les prises.

Pour plus de détails, vous pouvez consulter les annexes au oceana.ca/FisheryAudit2021.  


La liste des stocks de référence de l’Audit des pêches (194 stocks) fut établie pour l’Audit des pêches 2017. Elle est fondée sur les stocks de poissons et d’invertébrés marins inclus dans le rapport d’Oceana Canada, Canada’s Marine Fisheries : Status, Recovery Potential and Pathways to Success; ainsi que ceux inclus dans la première édition publique de l’Étude sur la durabilité des pêches du MPO, et tout autre stock ayant de nouvelles informations dans les rapports gouvernementaux de l’année.

Zones saine, de prudence et critique

Le MPO compte trois catégories pour qualifier l’état de santé des stocks de poissons. Elles sont déterminées par rapport à la biomasse du stock qui produirait le rendement maximal soutenu, ou (BRMS). Le rendement maximal soutenu (RMS) est la plus grande quantité de poissons pouvant être capturée, en théorie, sans affecter le maintien du stock à long terme.*

ZONE SAINE
Un stock est dans la zone saine lorsque sa biomasse dépasse 80 % du BRMS. Lorsqu’un stock se situe dans cette zone, les décisions de gestion de la pêche visent à le maintenir à ce niveau.

ZONE DE PRUDENCE
Un stock est dans la zone de prudence si sa biomasse se situe entre 40 % et 80 % du BRMS. Pour les stocks dans cette zone, les taux de capture devraient être diminués afin d’éviter l’épuisement du stock et favoriser son retour à la zone saine.

ZONE CRITIQUE
Un stock est dans la zone critique lorsque sa biomasse totalise moins de 40 % du BRMS. Un stock dans cette zone est gravement endommagé ; les mesures de conservation sont alors cruciales.


*  Le RMS est une norme mondialement acceptée pour la gestion des pêches. Le Code de conduite pour une pêche responsable de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dont le Canada est signataire, indique que les gouvernements ou les autres organismes responsables de la gestion des pêches doivent adopter des mesures appropriées, fondées sur les meilleures preuves scientifiques disponibles, conçues pour maintenir ou rétablir les stocks à des niveaux capables de produire un rendement maximal durable. https://www.fao.org/publications/card/en/
c/e6cf549d-589a-5281-ac13-766603db9c03

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Credit: iStock/shaunl