` AUDIT DES PÊCHES 2021

De petits poissons, de grands problèmes

Les poissons-fourrage sont la pierre angulaire des réseaux alimentaires marins. Ces petits poissons et invertébrés en bancs nourrissent les grands prédateurs, notamment les oiseaux de mer, les mammifères marins, la morue, le flétan et le thon. Les espèces fourragères regroupent des poissons osseux, dont sardines, anchois, maquereaux, harengs et capelans, ainsi que des invertébrés comme le krill et les crevettes.

Ensemble, ils soutiennent certaines des plus grandes pêches du monde, soit directement en tant qu’espèce exploitée, ou indirectement comme proie de poissons importants sur le plan commercial. En effet, les poissons-fourrage représentent entre 20 et 30 % de tous les poissons sauvages capturés dans le monde.ϔ

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Ces contributeurs essentiels aux écosystèmes océaniques et à l’« économie bleue » du Canada sont gravement menacés. Parmi ceux pêchés commercialement au Canada, il existe peu de populations saines; et aucune dans le Canada atlantique. Une situation en partie attribuable aux conditions environnementales. Mais la surpêche est aussi en cause. Depuis cinq ans, les quotas de poissons-fourrage épuisés sont trop élevés, alors qu’une capture moindre aurait favorisé un rétablissement rapide.

Par exemple, le capelan est une source alimentaire importante de plusieurs espèces au large de Terre-Neuve-et-Labrador, dont la morue du Nord, les baleines à bosse et les oiseaux de mer. Autrefois, le capelan du nord-est de Terre-Neuve-et-Labrador soutenait une pêche abondante; mais il s’est effondré au début des années 1990. Aujourd’hui, il ne reste plus que 6 % des quantités d’avant l’effondrement. Malgré ces chiffres dangereusement bas, le MPO continue d’autoriser la pêche au capelan.

Les espèces comme le capelan, le hareng et le maquereau ont une valeur bien plus grande dans l’océan que dans les filets.

Quant au maquereau de l’Atlantique, il est en zone critique depuis 2011. Mais puisque les pêches récréatives et d’appât n’ont que peu ou pas d’exigences de surveillance ou de déclaration, le MPO ne sait pas combien de poissons sont pêchés.Ϡ Cette incertitude complique la détermination d’objectifs ou d’échéanciers de rétablissement.

La bonne nouvelle, c’est que le MPO dispose d’une politique de gestion du poisson-fourrage dotée d’une approche de gestion écosystémique. Mais celle-ci ne s’applique qu’aux nouvelles pêches, et non à celles existantes, comme le maquereau et le capelan; laissant d’importants stocks sans orientation claire pour les décisions de gestion.

Comme cela devrait être le cas pour tous les stocks, le MPO doit cesser la pêche des poissons-fourrage épuisés. Il doit aussi fixer un seuil minimal de biomasse quant au nombre de poissons à laisser dans l’eau et un maximum pour les niveaux de récolte, en s’appuyant sur les meilleures données scientifiques disponibles. Et parce que le poisson-fourrage alimente tant d’autres poissons, le MPO doit adopter une approche beaucoup plus prudente que celle des pêches conventionnelles.

Maquereau de l’Atlantique  : les lacunes de surveillance compromettent le rétablissement d’une espèce précieuse et épuisée

Le maquereau est une espèce fourragère qui nourrit d’autres poissons, des mammifères marins et des oiseaux de mer. Il s’agit d’une pêche alimentaire, sociale et cérémoniale importante sur le plan culturel pour les communautés autochtones; une pêche récréative dans les Maritimes; et un précieux appât pour la lucrative pêche au homard.

Mais elle est en état critique d’épuisement.

Les tentatives de rétablissement du MPO sont gravement entravées parce que nous ignorons la quantité de maquereau pêchée. Il n’y a pas d’exigences en matière de surveillance ou de déclaration des pêches, et aucune estimation des prises pour la pêche récréative. Ce n’est que récemment que les pêcheurs d’appâts dans certaines régions ont été tenus de soumettre des registres de débarquement.

L’incertitude quant aux captures totales limite la capacité du MPO à établir des échéanciers et des objectifs pour rétablir le stock. Pour gérer rigoureusement cette espèce vulnérable et précieuse et limiter toutes les sources de mortalité par pêche, nous avons besoin des données issues d’une surveillance plus étroite.

Pour en savoir plus, consultez www.oceana.ca/en/publications/reports/counting-fish-why-fisheries-monitoring-matters (en anglais seulement).


ϔ  Reba McIver, Dr Robert Rangeley and Devan Archibald (2021). Small Fish, Big Influence: The Case for Rebuilding Capelin. Oceana Canada. https://oceana.ca/en/publications/reports/small-fish-big-influence-case-rebuilding-capelin

Ϡ  Devan Archibald, Jennifer Whyte and Dr Robert Rangeley (2021). Counting Fish: Why Fisheries Monitoring Matters. Oceana Canada. https://oceana.ca/en/publications/reports/counting-fish-why-fisheries-monitoring-matters

Un pari risqué : une trop grande dépendance envers trop peu d’espèces

La vulnérabilité des pêches canadiennes ne tient pas seulement à la gestion déficiente des poissons-fourrage alimentant les écosystèmes océaniques. Il en va de même pour la dépendance économique excessive envers quatre groupes d’espèces commerciales. Ensemble, le homard, la crevette, le crabe des neiges et le pétoncle représentent 77 % des revenus de pêche au Canada.ϗ Plusieurs de ces stocks ne disposent pas d’outils élémentaires pour une gestion efficace. Par exemple, plus de la moitié des stocks de crabe des neiges et de pétoncle n’ont pas de PRL, et 79 % des stocks de crabe des neiges n’ont pas de PRS. Cela crée des risques économiques importants.


ϗ  https://www.dfo-mpo.gc.ca/stats/
commercial/sea-maritimes-eng.htm

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Crédit photo : Shutterstock/Jef Combdon

Le Canada dispose d’une Loi sur les pêches qui rend obligatoire le rétablissement des pêches épuisées. Mais les règlements nécessaires à son application font défaut. Sans une réglementation solide, nous ne verrons aucun changement dans l’eau.